Ingérence de l’industrie du tabac en Afrique : L’Indice 2023 classe le Botswana meilleur élève 

Le Botswana, "meilleure performance" selon le rapport 2023 de l’indice sur l’ingérence de l’industrie du tabac en Afrique.

Le Botswana a fait la « meilleure performance » selon le rapport 2023 de l’Indice sur l’ingérence de l’industrie du tabac en Afrique, rendu public mercredi lors d’un événement virtuel auquel ont participé divers défenseurs de la lutte antitabac.

Le rapport 2023 indique également que l’Ouganda et l’Éthiopie sont des pays où les ingérences de l’industrie du tabac sont les plus faibles.

L’Indice est produit par l’Alliance pour le contrôle du tabac en Afrique (ACTA) en collaboration avec le Centre africain de surveillance de l’industrie du tabac et de recherche sur les politiques et le Centre mondial pour la bonne gouvernance dans le contrôle du tabac (GGTC).

Il mesure comment les gouvernements répondent à l’ingérence de l’industrie du tabac et protègent leurs politiques de santé publique des intérêts commerciaux et particuliers de l’industrie, comme l’exige l’Article 5.3 de la Convention Cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac (CCLAT de l’OMS).

Les indicateurs du degré d’ingérence

Selon Dr Arti Singh (auteur principal du rapport), l’indice se base sur sept indicateurs pour mesurer le degré d’ingérence de l’industrie du tabac : la participation de l’industrie du tabac à l’élaboration des politiques, les initiatives de l’industrie du tabac en matière de responsabilité sociale des entreprises, les avantages accordés à l’industrie du tabac, les interactions inutiles avec l’industrie du tabac, la transparence dans les relations avec l’industrie du tabac, les conflits d’intérêts de l’industrie du tabac et les mesures préventives prises par les gouvernements pour protéger leurs politiques de santé publique de l’ingérence de l’industrie du tabac.

Selon Pr. Bontle Mbongwe (Directrice exécutive du réseau anti-tabac au Botswana) la loi antitabac adoptée en 2021 au Botswana a grandement contribué à la bonne performance du pays. Elle a souligné la nécessité d’une recherche au niveau local qui produise des preuves appropriées pour les décideurs politiques locaux, ajoutant qu’il s’agissait d’un élément clé de la réussite du Botswana.

Le lancement de l’Indice 2023

Cameroun, mauvais score

Le rapport indique que la Zambie, la Tanzanie et le Cameroun sont les pays où les ingérences de l’industrie du tabac sont les plus importantes. Le Cameroun a enregistré les pires résultats.

« La faible performance du Cameroun dans l’Indice peut être expliquée par l’absence d’une loi antitabac, malgré les efforts pour l’adoption d’une telle loi depuis 2012. Le pays a quand-même fait de petits progrès notamment l’adoption d’avertissements sanitaires illustrés, une mesure qui a été partiellement mise en œuvre au cours de la première série d’images et qui n’a jamais progressé en raison des délais accordés à l’industrie du tabac par le gouvernement », a expliqué Mme Judith Chekumo (Secrétaire exécutive de la Coalition camerounaise contre le tabac).

Mme Chekumo a appelé à une plus grande surveillance de l’industrie du tabac dans les politiques de santé publique et à un soutien pour la mise à jour et l’adoption du projet de loi antitabac au dans le pays.

Des efforts à faire au Sénégal

Du côté du Sénégal, l’accès à l’information reste un défi, car la plupart des fonctionnaires n’ont aucune connaissance de l’ingérence de l’industrie du tabac.

Selon Djibril Wele (Secrétaire exécutif de la ligue sénégalaise contre le tabac /LISTAB), le Sénégal ne semble pas avoir une forte volonté politique de faire progresser la lutte antitabac, car plusieurs politiques prévues par la loi ne sont pas mises en œuvre. Il a appelé à une plus grande collaboration entre les autorités gouvernementales afin d’accélérer la mise en œuvre de la loi antitabac au Sénégal.

Pr. Olalekan Ayo-Yusuf, directeur de l’ATIM, s’est réjoui de l’introduction de taxes d’accise sur les e-cigarettes dans deux pays et a appelé les gouvernements africains à augmenter les taxes sur le tabac au niveau recommandé par l’OMS.

Il a exhorté les parties prenantes à rester concentrées sur des points essentiels tels que la capacité de mener des recherches et l’utilisation des résultats de ces recherches pour un plaidoyer efficace en faveur de la lutte antitabac.

Pr Ayo-Yusuf a félicité les pays africains, dont la plupart ont un taux de tabagisme inférieur à 10 % selon le rapport, ce qui, selon lui, signifie que l’Afrique n’a pas besoin du concept de réduction des risques défendu par l’industrie du tabac.

Utiliser l’indice pour exposer les lacunes,renforcer le plaidoyer

Par ailleurs, le Dr Mary Assunta, auteur principal de l’indice mondial d’ingérence de l’industrie du tabac, a déclaré que l’indice africain mettait en évidence la manière dont les principaux cigarettiers du monde font passer leur agenda égoïste en Afrique, plutôt que de soutenir la santé publique.

Elle a souligné que la mise en œuvre de la lutte antitabac est possible et peu coûteuse, et que la mise en œuvre des lois antitabac a un impact considérable sur la santé publique. Elle a exhorté les défenseurs de la lutte antitabac à utiliser l’indice pour montrer aux gouvernements les lacunes identifiées, ajoutant que les gouvernements devraient être tenus responsables du non-respect de leurs engagements vis-à-vis de la ratification de la convention-cadre de l’OMS sur la lutte antitabac.

Dans son discours de clôture, Léonce Sessou, Secrétaire exécutif de l’Alliance pour le contrôle du tabac en Afrique (ACTA) a appelé les acteurs de la lutte antitabac à utiliser l’indice pour renforcer le plaidoyer en faveur de la lutte antitabac dans leurs pays respectifs. 

Notons qu’en 2021, c’est l’Uganda qui a été le pays le plus performant dans la lutte contre l’ingérence de l’industrie du tabac.

« Par rapport à leurs scores de 2021, l’indice sur l’ingérence de l’industrie du tabac 2023 montre que le Burkina Faso, le Botswana et l’Éthiopie, se sont nettement améliorés, tandis que la Côte d’Ivoire et la Zambie se sont légèrement améliorés. Huit pays ont connu une détérioration, le Kenya enregistrant le niveau de détérioration le plus élevé », a rappelé Léonce Sessou.

Les recommandations

Rappelons que le document propose plusieurs recommandations aux gouvernements : la dénormalisation et l’interdiction des activités « socialement responsables » de l’industrie du tabac, le maintien d’une position ferme contre l’ingérence de l’industrie du tabac, l’adoption accélérée des lois antitabac en suspens, le renforcement des capacités des parties prenantes de la lutte antitabac, la compilation de données probantes pour le transfert de connaissances, la promotion de moyens de subsistance économiquement viables en remplacement de la culture du tabac, l’adoption d’un code de conduite pour les relations avec l’industrie du tabac et l’interdiction de la vente de produits du tabac à l’unité et en franchise de droits, entre autres. Télécharger l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac en Afrique. FIN

Ambroisine MEMEDE